Il existe une règle très connue dans le monde de l'investissement pour obtenir rapidement un ordre de grandeur : la règle des 4 %.
Son principe est séduisant par sa simplicité. Si tu disposes par exemple de 600 000 € investis, la règle des 4 % permet d'envisager un retrait initial de : 24 000 € par an, soit 2 000 € par mois.
Avec 900 000 €, on arrive à 36 000 € par an, soit 3 000 € par mois.
Cela ne signifie évidemment pas qu'un patrimoine de 600 000 € garantit 2 000 € de revenus mensuels à vie. La règle des 4 % est avant tout une règle empirique permettant d'estimer combien un portefeuille pourrait permettre de retirer dans la durée.
Et, comme nous allons le voir, son application en France demande quelques précautions.
Qu'est-ce que la règle des 4 % ?
La règle des 4 % est une méthode permettant d'estimer le montant que l'on pourrait retirer régulièrement d'un portefeuille d'investissements sans l'épuiser trop rapidement.
Le principe historique est le suivant :
- la première année, tu retires 4 % de la valeur initiale de ton portefeuille ;
- puis, les années suivantes, tu ajustes le montant retiré en fonction de l'inflation.
Prenons un exemple. Tu arrives à la retraite avec 500 000 € investis. La première année : 500 000 × 4 % = 20 000 €.
Tu retires donc 20 000 €. Si l'inflation est ensuite de 2 %, ton retrait de l'année suivante passe à environ 20 400 €, puis il continue d'être ajusté à l'inflation.
Attention à une confusion fréquente : la règle historique ne consiste donc pas simplement à recalculer chaque année 4 % de la valeur du portefeuille.
D'où vient la règle des 4 % ?
Cette règle ne sort pas de nulle part. Elle trouve son origine dans les travaux du conseiller financier américain William Bengen, publiés en 1994.
Bengen a étudié différentes périodes historiques des marchés américains afin de déterminer quel niveau de retrait aurait permis à un retraité de ne pas épuiser son portefeuille pendant environ 30 ans.
Ses travaux ont ensuite été prolongés, notamment par ce que l'on appelle la Trinity Study, publiée quelques années plus tard.
Ces recherches ont contribué à populariser l'idée qu'un retrait initial d'environ 4 %, ensuite ajusté à l'inflation, avait historiquement résisté à de nombreuses périodes difficiles des marchés américains.
Mais retenons immédiatement deux éléments importants :
- il s'agit de données historiques ;
- et surtout, il s'agit à l'origine de données américaines.
La règle des 4 % n'est donc pas une promesse de rendement et encore moins une garantie que ton argent durera toute ta vie.
C'est un ordre de grandeur. Et c'est précisément comme cela que je trouve cette règle intéressante.
Comment calculer la règle des 4 % ?
Le calcul est extrêmement simple.
Il suffit de prendre les revenus annuels que tu souhaites tirer de ton patrimoine et de les diviser par 4 %. Ou, encore plus simple :
Dépenses annuelles × 25 = patrimoine nécessaire selon la règle des 4 %
Imaginons que tu souhaites disposer de 2 000 € par mois grâce à ton patrimoine. Cela représente :
2 000 × 12 = 24 000 € par an, puis 24 000 × 25 = 600 000 €.
Selon la règle des 4 %, il faudrait donc environ 600 000 € de patrimoine financier investi pour envisager un retrait initial équivalent à 2 000 € par mois.
Pour 3 000 € par mois : 3 000 × 12 × 25 = 900 000 €.
Pour 4 000 € : 4 000 × 12 × 25 = 1 200 000 €.
Voilà pourquoi cette règle est si populaire. En quelques secondes, elle permet de transformer un objectif abstrait, « devenir plus libre financièrement », en un objectif patrimonial beaucoup plus concret.
Quel capital faut-il pour vivre de ses investissements ?
Voici quelques ordres de grandeur.
| Revenu mensuel souhaité | Revenu annuel | Capital avec un taux de 4 % |
|---|---|---|
| 1 000 € | 12 000 € | 300 000 € |
| 1 500 € | 18 000 € | 450 000 € |
| 2 000 € | 24 000 € | 600 000 € |
| 2 500 € | 30 000 € | 750 000 € |
| 3 000 € | 36 000 € | 900 000 € |
| 4 000 € | 48 000 € | 1 200 000 € |
| 5 000 € | 60 000 € | 1 500 000 € |
Ces chiffres sont évidemment des montants bruts théoriques avant prise en compte de ta situation fiscale personnelle.
Mais ils donnent déjà une excellente idée de l'ordre de grandeur nécessaire. Et ils permettent aussi de comprendre quelque chose d'important : vivre entièrement de son patrimoine demande beaucoup de capital.
Mais il existe une autre manière de regarder le problème. Nous y reviendrons.
Pourquoi la règle des 4 % peut-elle fonctionner ?
Il faut comprendre une chose essentielle : lorsque tu commences à effectuer des retraits, le reste de ton patrimoine ne disparaît pas. Il reste investi.
Prenons à nouveau notre portefeuille de 600 000 €. Tu retires 24 000 € la première année. Mais le reste de ton portefeuille demeure investi sur les marchés.
Selon sa composition, il peut continuer à bénéficier :
- de dividendes ;
- d'intérêts ;
- de l'appréciation éventuelle des actifs détenus.
Certaines années seront excellentes. D'autres beaucoup moins. Certaines seront franchement mauvaises.
L'idée de la règle des 4 % est donc de trouver un niveau de retrait suffisamment modéré pour que le portefeuille puisse potentiellement continuer à financer les retraits pendant une longue période.
Il ne faut toutefois pas comprendre cela comme : « Je dépense uniquement les intérêts et je ne touche jamais à mon capital. » Ce n'est pas ainsi que fonctionne la règle.
La valeur du portefeuille peut augmenter ou diminuer au cours du temps, et les retraits peuvent effectivement consommer une partie du capital.
La règle des 4 % fonctionne-t-elle en France ?
C'est probablement la question la plus importante de cet article. Car la règle des 4 % a été élaborée à partir de données financières américaines et dans un contexte américain.
L'appliquer mécaniquement à un investisseur français serait donc une erreur.
Plusieurs éléments doivent être pris en compte.
1. La fiscalité
Si ton portefeuille te permet de retirer 24 000 € dans l'année, cela ne signifie pas nécessairement que 24 000 € nets arriveront dans ta poche.
Tout dépend de l'endroit où ton patrimoine est investi. PEA, assurance-vie, compte-titres ordinaire... La fiscalité n'est pas la même.
Et, généralement, seule une partie d'un retrait correspond à une plus-value imposable : il faut donc raisonner selon l'enveloppe utilisée et ta situation.
2. La retraite française
Autre différence fondamentale avec de nombreux raisonnements FIRE américains : en France, une personne peut également percevoir une pension de retraite.
Ton patrimoine n'a donc pas nécessairement besoin de financer 100 % de tes dépenses jusqu'à la fin de ta vie.
Si ta pension couvre une partie importante de tes besoins à partir d'un certain âge, ton patrimoine peut notamment servir à compléter cette pension ou à financer les années précédentes.
3. Ton allocation
Un portefeuille composé à 100 % d'actions n'a évidemment pas le même comportement qu'un portefeuille réparti entre actions, obligations, immobilier et liquidités.
Le taux de retrait ne peut donc pas être complètement dissocié de la manière dont ton patrimoine est investi.
4. Ton horizon
Enfin, il y a une énorme différence entre vouloir financer 30 années de retraite et vouloir devenir financièrement indépendant à 40 ans et potentiellement financer 50 années ou davantage.
C'est une des raisons pour lesquelles je considère les 4 % comme un indicateur, et non comme une règle absolue.
Les limites de la règle des 4 %
La simplicité de la règle fait sa force. Mais aussi sa faiblesse.
La réalité est forcément plus complexe.
Le risque de subir un krach au mauvais moment
Imagine deux investisseurs. Ils disposent chacun de 600 000 € au moment où ils commencent à vivre de leur patrimoine.
Sur les 30 années suivantes, ils obtiennent à peu près la même performance moyenne. Mais le premier connaît de très bonnes années au début. Le second subit immédiatement une forte baisse des marchés.
Le deuxième est beaucoup plus vulnérable.
Pourquoi ? Parce qu'il doit vendre des actifs pour financer son niveau de vie alors que leur valeur a fortement diminué. Son portefeuille dispose ensuite de moins de capital pour profiter de la reprise.
C'est ce qu'on appelle le risque de séquence des rendements. Et c'est une notion beaucoup plus importante que la simple performance moyenne d'un portefeuille.
L'inflation
Il faut également penser en pouvoir d'achat.
2 000 € aujourd'hui n'auront probablement pas le même pouvoir d'achat dans vingt ou trente ans. C'est précisément pour cette raison que la règle historique prévoit d'ajuster progressivement le montant des retraits à l'inflation.
Il faut dire que l'inflation des dernières années se situe à plus de 2 %, voire davantage en 2022 avec la crise en Ukraine.
La durée de vie du portefeuille
La règle des 4 % a notamment été popularisée autour d'un horizon d'environ 30 ans. Mais si ton objectif est de réduire fortement ton activité professionnelle à 45 ans, la situation change.
Ton patrimoine pourrait devoir contribuer à ton niveau de vie pendant 40, 50 ans ou davantage. Plus ton horizon est long, plus il est raisonnable de prévoir une marge de sécurité.
Les performances passées ne garantissent rien
Enfin, il faut rappeler une évidence. Personne ne connaît les performances des marchés au cours des trente prochaines années.
Une stratégie qui a fonctionné sur les données historiques n'est pas garantie de fonctionner de la même façon dans le futur.
D'ailleurs, les recherches contemporaines ne produisent pas toutes exactement le chiffre de 4 %. Selon les hypothèses de rendement, l'allocation, l'horizon et la flexibilité des dépenses, les estimations peuvent être inférieures ou supérieures.
La règle des 4 % doit donc rester ce qu'elle est : un excellent outil de planification. Pas une promesse.
3 %, 3,5 % ou 4 % : quel taux de retrait choisir ?
Il n'existe pas un chiffre magique applicable à tout le monde.
Prenons quelqu'un qui souhaite tirer 2 000 € par mois, soit 24 000 € par an, de son patrimoine.
Selon le taux utilisé :
| Taux de retrait initial | Capital nécessaire |
|---|---|
| 4 % | 600 000 € |
| 3,5 % | ≈ 686 000 € |
| 3 % | 800 000 € |
La différence est considérable. Passer de 4 % à 3 % augmente le patrimoine théorique nécessaire de 200 000 €.
En contrepartie, toutes choses égales par ailleurs, un taux de retrait plus faible laisse davantage de marge au portefeuille.
Cela ne signifie pas pour autant que 3 % est garanti ou que 4 % est dangereux. Le bon taux dépend notamment :
- de ton âge ;
- de ton horizon ;
- de ton allocation ;
- de ta fiscalité ;
- de tes autres revenus ;
- de ta capacité à réduire temporairement tes dépenses ;
- de tes objectifs de transmission.
C'est pour cette raison qu'une stratégie patrimoniale sérieuse ne peut pas se résumer à un pourcentage.
Faut-il vraiment arrêter complètement de travailler ?
C'est probablement le point sur lequel ma vision diffère le plus de certains discours sur l'indépendance financière.
Personnellement, mon objectif n'est pas forcément de ne plus jamais travailler. Surtout que pour moi, travail et plaisir sont assez proches.
Et peut-être que ce n'est pas le tien non plus.
Construire un patrimoine peut simplement permettre de ne plus dépendre entièrement de son travail. Et cela change complètement les chiffres.
Prenons quelqu'un qui souhaite disposer de 3 000 € par mois. S'il veut financer l'intégralité de cette somme avec son patrimoine, la règle des 4 % donne : 900 000 € de capital.
Mais imaginons maintenant qu'il continue à exercer une activité qu'il apprécie et qu'elle lui rapporte 1 500 € par mois.
Son patrimoine n'a plus besoin de fournir que les 1 500 € restants. Selon le même calcul simplifié :
1 500 × 12 × 25 = 450 000 €
L'objectif patrimonial est divisé par deux.
Et c'est là que la notion de liberté financière devient, à mon sens, beaucoup plus intéressante.
Être libre financièrement ne signifie pas forcément ne plus travailler. Cela peut simplement signifier ne plus être obligé de travailler autant.
Pouvoir passer à trois jours par semaine. Refuser un client. Prendre six mois pour développer un projet. Changer de métier. Voyager davantage.
Ou simplement savoir que si ton activité traverse une mauvaise période, toute ta vie financière ne s'écroule pas avec elle.
Le patrimoine devient alors moins une machine à « prendre sa retraite » qu'un outil de liberté.
Comment construire le capital nécessaire ?
Savoir qu'il te faut théoriquement 600 000 € ou 900 000 € est une chose. Les construire en est une autre.
Et c'est là qu'intervient la stratégie. Il faut notamment connaître :
1. Ton point de départ
Quel est ton patrimoine aujourd'hui ? Quels sont tes actifs ? Tes dettes ? Tes liquidités ?
2. Ton objectif
Quel niveau de liberté souhaites-tu atteindre ? As-tu réellement besoin de remplacer 100 % de tes revenus ?
3. Ta capacité d'investissement
Combien peux-tu investir chaque mois ou chaque année sans fragiliser ta situation ?
4. Ton allocation
Comment répartir ton patrimoine entre différentes classes d'actifs : ETF, immobilier, SCPI, obligations, liquidités...
5. Tes enveloppes
PEA, assurance-vie, PER, compte-titres... La fiscalité peut avoir un impact considérable sur plusieurs décennies.
6. Le temps
Grâce aux intérêts composés, quelques années supplémentaires peuvent profondément modifier le résultat final.
Voilà pourquoi commencer tôt compte souvent davantage que chercher en permanence le placement parfait.
Tous ces aspects et bien plus sont abordés en détail dans mon programme “La méthode GPS”.
La règle des 4 % : ce qu'il faut retenir
La règle des 4 % permet de répondre très rapidement à une question essentielle : quel patrimoine faudrait-il approximativement construire pour financer mon niveau de vie ?
Le calcul est simple : dépenses annuelles × 25.
Ainsi :
- 1 500 €/mois → environ 450 000 € ;
- 2 000 €/mois → environ 600 000 € ;
- 3 000 €/mois → environ 900 000 € ;
- 4 000 €/mois → environ 1,2 million d'euros.
Mais ces chiffres ne constituent pas une garantie. La règle repose sur des données historiques américaines, et sa pertinence dépend notamment de l'horizon, de l'allocation du portefeuille, de la fiscalité et des autres revenus disponibles.
Utilise-la donc comme une boussole, pas comme une certitude.
Et surtout, ne perds pas de vue l'objectif final. Construire un patrimoine n'est pas une compétition pour accumuler le plus gros chiffre possible sur un écran.
Le patrimoine est un moyen. Le véritable objectif est ce qu'il peut t'apporter : davantage de choix, davantage de sécurité et davantage de liberté.
Questions fréquentes sur la règle des 4 %
Quel capital faut-il pour obtenir 2 000 € par mois ?
Selon la règle des 4 %, obtenir un retrait initial équivalent à 2 000 € par mois, soit 24 000 € par an, nécessite environ 600 000 € de capital investi.
Ce chiffre constitue un ordre de grandeur et ne tient pas compte à lui seul de ta fiscalité, de ton allocation ou de tes autres sources de revenus.
Peut-on vivre avec 500 000 € de patrimoine ?
En appliquant simplement un taux de retrait initial de 4 %, un patrimoine de 500 000 € correspond à 20 000 € la première année, soit environ 1 667 € par mois avant prise en compte de la fiscalité.
La viabilité réelle dépend cependant de la durée des retraits, du portefeuille et de l'évolution des marchés.
La règle des 4 % tient-elle compte de l'inflation ?
Oui, dans sa formulation historique. Le retrait de la première année est calculé à partir du capital initial, puis le montant retiré est ajusté à l'inflation au cours des années suivantes.
La règle des 4 % fonctionne-t-elle vraiment ?
Elle a historiquement fonctionné dans de nombreux scénarios étudiés sur les marchés américains, notamment sur des horizons de 30 ans.
Cela ne garantit cependant absolument pas qu'elle fonctionnera dans toutes les situations futures. Les hypothèses utilisées et la situation personnelle de l'investisseur sont essentielles.
Peut-on appliquer la règle des 4 % avec des ETF ?
Des ETF peuvent constituer les briques d'un portefeuille diversifié utilisé dans une stratégie de décaissement.
Mais « ETF » ne définit pas à lui seul l'allocation du portefeuille : un ETF peut contenir des actions, des obligations ou d'autres actifs. La répartition globale du patrimoine reste donc déterminante.